21 août 2008
"Femmes en résistance"
Le 27 et 28 septembre 2008
Festival de films "Femmes en résistance"
au centre Jean-Vilar d’Arcueil.
Résistance des femmes à l'effacement.
Effacées. Une moitié de l'humanité dont l'histoire n'a presque rien gardé en mémoire sinon occasionnellement au travers du regard des hommes. Evénements politiques, histoire du cinéma, luttes salariales, combats de libération et conquêtes de droits….
Les femmes ont toujours pris part, parfois en meneuses, parfois en soldates efficaces et loyales mais toujours elles ont été indispensables, indispensables et oubliées, omises des récits, de ce que l’histoire retient. On leur a même demandé de penser à l’histoire avant de penser à elles-mêmes.
Cette année le festival féministe de films documentaires Femmes en Résistance remet ces femmes à leur juste place, sur le devant, pour rendre hommage à leur courage, à leurs initiatives, et les encourager à imprimer leur marque sur l'histoire.
Info : http://resistancesdefemmes.org
Centre Culturel jean vilar
1 rue Paul Signac 94110 Arcueil
Tél France : 01 41 24 25 50
Tél international : + 33 1 41 24 25 50
RER B stations :
- Laplace (zone 2)
- Arcueil Cachan (zone 3)
Chez Violette And Co
Chez Violette And Co

Violette and Co, c'est une librairie de 80 m2 consacrée aux textes et aux images qui mettent en valeur les femmes et les homosexualités sous toutes leurs formes.
Romans, essais, beaux livres, polars, BD, revues... sont rassemblés dans un espace unique où se rencontrent les féminismes, les réalités -- et les imaginaires -- lesbiens, gais et trans, et toutes les questions de genre.
C'est un lieu lumineux, chaleureux et animé qui invite toutes celles et tous ceux qui aiment les littératures hors des sentiers battus et qui s'interrogent sur nos sociétés.
Nous y proposons des ouvrages attachants, rebelles, sensuels, attirants..., des références essentielles, des nouveautés incontournables et, pourquoi pas, des classiques de demain.
Violette and Co c'est aussi un rayon jeunesse qui propose une sélection pleine d'humour et de réflexion, des CD et des DVD, des cadeaux à (s')offrir. Et parce que si les livres se lisent en solitaire, ils se vivent aussi à plusieurs, la mezzanine est dédiée à l'accueil de rencontres littéraires, de lectures, de débats ainsi que d'expositions.
Violette and Co, la librairie des filles et des garçons manqués... et de leurs ami-e-s !
Exposition de photographies de Julie Poupé "Quartier de l’une"
du 11 juin au 7 septembre

"Depuis 30 ans en Europe et en Amérique du Nord, des féministes défilent régulièrement dans les rues des grandes villes après la tombée du jour pour dénoncer le fait qu’elles sont interdites de circulation la nuit, de fait, et pour se « réapproprier la nuit ». C’est ce thème qui inspire le travail de Julie Poupé. L’artiste photographie des femmes, une à une, dans une pièce totalement obscure. Leur visage seul se voit ; il émerge à peine de la pénombre. Cette mise en scène dit la solitude, la fragilité. Le danger n’est pas montré ni dit. Il est là, dans l’image : l’obscurité englue le visage comme une vague qui risque à tout moment d’atteindre l’être. La femme est vulnérable, cernée par le noir qui a déjà réclamé et avalé une bonne moitié d’elle ; mais l’autre moitié apparaît indomptable et même dotée d’une puissance magique ; car c’est de la femme elle-même que semble émaner la lumière qui la nimbe."

Audre Lorde
Toujours chez Violette And Co, le 9 septembre 2008
Rencontre avec Zami,
le nouveau groupe lesbien et féministe
de l’association Tjenbé Red - 19h00
A l’occasion du lancement de Zami, le groupe féministe et lesbien de l’association Tjenbé Red, mouvement civique sur les questions noires, métisses et LGBT, Violette and Co vous propose une rencontre autour du livre éponyme d’Audre Lorde, « ZAMI, une autre manière d’écrire mon nom » (éditions Mamamélis) avec une lecture d’extraits. Paru en 1983, ce livre retrace son parcours d’activiste, de poète, de guerrière et plus particulièrement la construction de son identité en tant que lesbienne féministe noire. Audre Lorde s’y réapproprie le terme de zami qui, dans les Caraïbes, est une invective désignant les femmes qui aiment les femmes. C’est une réappropriation du même type que propose le Groupe Zami de Tjenbé Red. Les problématiques spécifiques des femmes noires et métisses en particulier lesbiennes, bisexuelles, transexuelles sont peu reconnues, tant dans les milieux lesbiens et féministes que dans les milieux africains et ultramarins. Le Groupe Zami de Tjenbé Red se propose donc de rassembler ces femmes et leurs proches, pour créer un espace de réflexion et d’action autour de ces sujet et encourager la visibilité et le débat sur ces questions dans nos communautés diverses.
www.tjenbered.fr
http://www.violetteandco.com
01 février 2008
AZRIYAS
Un nouveau blog vient d'être ajouté dans les liens
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21 octobre 2007
Fémicide au Congo
par Élaine Audet
"Un véritable fémicide a lieu en ce moment dans la République démocratique du Congo", a déclaré Stephen Lewis, ancien ambassadeur du Canada à l’ONU et envoyé spécial de l’ONU pour le VIH/SIDA en Afrique, lors d’une conférence à l’Université de Montréal, le 9 octobre 2007. On assiste à une barbarie indicible sous l’œil du monde sans que personne n’intervienne. La violence est si extrême qu’il est impossible de la décrire à la radio, ajoute Aline Gobeil de Radio-Canada. Il n’y a aucun équivalent sur terre, selon Stephen Lewis. Ce qui se passe dans l’est du Congo est la continuation du génocide au Rwanda. Des miliciens hutus ont trouvé refuge au Congo, depuis 1994, attirés par ses richesses, et y perpètrent en toute impunité, à la face de l’opinion mondiale, viols, mutilations, cannibalisme.
Pour lire la suite: http://sisyphe.org/article.php3?id_article=2767
RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO •
Silence, on viole en masse
Résultat de l’état de guerre permanent et de l’anarchie ambiante, les sévices sexuels se multiplient dans les provinces orientales du pays. Pis, ils atteignent des sommets de sauvagerie. Reportage dans un hôpital de Bukavu.
Denis Mukwege, gynécologue congolais ne peut plus supporter les histoires que lui confient ses patientes. Chaque jour, elles sont une dizaine de femmes ou de jeunes filles violées à se présenter dans son service. Certaines sont si sauvagement agressées que leurs organes génitaux, voir leur appareil digestif, sont irrémédiablement détruits. Cette « épidémie » de viols qui sévit dans l’est de la république du Congo se développe à une échelle sans précédent.
Selon les chiffres des Nations Unies, 27 000 cas ont été décomptés en 2006 pour la seule province du Sud-kivu. En RDG, « la violence sexuelle atteints des sommets », souligne John Holmes, sous-secrétaire général aux affaires humanitaires de l ‘ONU. "La fréquence des agressions, la sauvagerie des actes, la culture de l’impunité : tout y est épouvantable. »
On le sait, le viol a toujours été une arme de guerre. Mais, de l’avis de chercheurs comme Alexandra Bilak, en RDC, "cela va au-delà du conflit ».Malteser International , une ONG européenne qui subventionne des centres de santé dans l’est de la RDC, estime à 8000 le nombre de cas de violences sexuelles qui seront traités cette années, contre 6338 l’an dernier.
L’organisation rapporte que 70 % des femmes de la ville de Shabunda ont subi des sévices sexuels. Les agressions se poursuivent malgré la présence de 17 000 soldats ( le plus fort contingent de maintien de la paix de l’ONU au monde).
André Bourque, un conseiller canadien qui travaille pour des ONG implantées dans l’est de la RDC « les violences sexuelles atteignent ici un niveau jamais atteint ailleurs. Il y est même plus élevé qu’au Rwanda durant le génocide ».
Source:Courrier International
16 septembre 2006
Eloge de l’asservissement des femmes par le Monde 2 ?
par Michèle Vianes, présidente de "Regards de femmes"
Non, le voile n’est pas un « phénomène français », comme le conclut le Monde 2 (numéro134, 9 septembre 2006) !
Les héritières de Christine de Pisan, La Boétie, Gabrielle Suchon, Brantôme, Marie de Gournay, Louise Labé, Helvétius, Olympe de Gouges, Condorcet, Schoelcher, Louise Michel, Victor Hugo, Hubertine Auclert, Maria Deraismes, Simone de Beauvoir refusent tout symbole d’asservissement volontaire à Dieu, et en attendant de le rencontrer au ciel, d’assujettissement sur terre aux hommes.
Le « phénomène français » manifeste l’indignation face au port de tout signe qui entérine l’idée que les femmes seraient source de désordre, qu’elles n’auraient pas la liberté d’aller et venir dans l’espace public sans se camoufler. Contrairement à ce qui se passe dans les pays « multiculturalistes » où le lien social entre tous et toutes n’est absolument pas l’objectif. Bien au contraire, il convient de séparer les communautés et de les laisser régler entre elles leurs modes de vie. Des femmes voilées dans la rue ne concernent absolument pas le reste de la population.
L’article relatant uniquement des interviews de porteuses de voile, avec en courte annexe l’opinion de Fadéla Amara, se prétend « grande enquête » ! C’est le rêve des tenants de l’islam politique d’imposer leur propre interprétation comme l’unique vérité révélée. L’appui du média français pour définir la tenue vestimentaire caractérisant la « bonne musulmane » est surprenant.
Accepter de nier sa féminité en public afin de protéger les hommes qui seraient incapables de maîtriser leurs pulsions à la vue du moindre bout de peau ou de cheveu féminin est sans doute de l’abnégation, mais sûrement pas du féminisme. Accepter de se dissimuler dans un bout de tissu pour représenter la « future épouse et mère musulmane idéale » est sans doute une « stratégie maritale », mais sûrement pas du féminisme. Accepter de revêtir le signe de la « rédemption » pour que les hommes aient à leur disposition la femme soumise rêvée qu’ils ne trouvent plus dans les pays d’origine, où les femmes seraient trop « délurées », c’est sans doute de la soumission, mais sûrement pas du féminisme ! Les féminismes affirment que les deux formes que revêt l’espèce humaine sont dissemblables et égales.
L’instrumentalisation du vocabulaire, la confusion volontaire créée autour de mots employés à contre-sens pour les dénaturer est caractéristique des totalitarismes. Prétendre à l’émancipation lorsqu’on reproduit les manifestations les plus archaïques et claustrantes de l’oppression des femmes pourrait être risible. « Le voile va donc faire passer la musulmane dans l’anonymat le plus total : être musulmane, c’est vivre incognito »(1). Mais l’objectif poursuivi est de dénoncer l’émancipation des femmes comme un phénomène occidental. Elle serait, à ce titre, contraire à l’islam !
N’étant pas à une contradiction près, alors qu’elles portent un signe, un stigmate, volontairement, elles s’offusquent d’être stigmatisées !
Les porteuses de voile le revendiquent au nom de la liberté de choix « jusqu’au bout ».
Non, la liberté a des limites. Une liberté sans limites engendre la loi du plus fort, du plus riche, du plus vociférant, du plus manipulateur. Dans la devise républicaine, la liberté est associée à l’égalité et à la fraternité parce que la fraternité républicaine empêche la liberté d’engendrer des privilèges et l’égalité d’engendrer l’oppression. Prétendre que tout se vaut et s’équivaut, ignorer que la liberté des uns s’arrête où commence celle des autres, que le choix personnel n’est pas un droit, c’est refuser les principes fondamentaux de la République française.
Imposer dans l’espace public la nécessité pour les « bonnes musulmanes » de se cacher, donc une séparation visible dans l’espace commun, entérine l’idée d’une différence fondamentale entre les « bonnes musulmanes » et les autres. Cela engendre des représentations des femmes, aussi bien par les filles que par les garçons, totalement contradictoires avec le principe constitutionnel d’égalité entre les hommes et les femmes. Cela enferme les personnes dans une unique identité religieuse. Les ravages de cette séparation sont dramatiques dans les pays multiculturalistes, tels la Grande-Bretagne ou les Pays-Bas, qui voudraient dorénavant affirmer un socle de valeurs communes.
Si les intérêts particuliers priment sur l’intérêt général, comment s’étonner ensuite de l’absence de lien social avec la communauté nationale, du non-respect des règles essentielles du vivre ensemble dans la République ?
Le port du voile manifeste un pur et simple refus des principes républicains et une tentative de désintégration de l’espace commun.
Michèle Vianès
Présidente de Regards de femmes
Auteure de Un voile sur la République (2004), Stock, et Les islamistes en manoeuvre Silence, on manipule (2004), Editions Hors Commerce.
Mis en ligne sur Sisyphe, le 12 septembre 2006
http://sisyphe.org
Et si ....
Et si la grande guerre, de tout temps, était la guerre destinée aux femmes, tu sais, Anna, celle qui tue plus de femmes au monde que le cancer ou les accidents de la route et presque autant que le sida, par les coups, les mutilations et les viols, sans compter les millions de fœtus femelles chaque année promis aux limbes dans des pays où les progrès techniques permettent, grâce à l’échographie, une sélection, dite naturelle en faveur des enfants mâles ?
Madeleine Gagnon

09 mai 2006
Je deviens peau hurlante
VOIX
J'écris, mais cette voix habillée de mes mots n'est pas tout à fait mienne
Du secret de ma conscience un chant surgit
Il est clameur
Il est séisme
Et, bouleversée, saisie, j'écris
J'écris des phrases qui me possèdent
Sont-elles de moi ?
L'émotion qui me traverse est foudre frappée sur un tambour de chair
Qui hante ma mémoire?
Quelles voix ont pris possession de mon âme ?
Je sais des histoires
Elles tourbillonnent en moi, infatigable remous
Je sais des récits de chaque instant, cauchemars vivants devenus légendes au présent
Mais les paroles insistent à dire le mal
Tant de mots se bousculent aux portes de la souffrance
Je deviens ligne brisée
A jamais trop tendue sous les stigmates de la peine
Je deviens peau hurlante
En proie à la percussion de milliers de mains que je n'ai jamais prises
Ce sont des femmes
Je l'ai dit et redit
Une humanité de femmes peuple mes murs
Et des hommes me disent "Mais comment est-ce possible?"
Ce sont des femmes cette douleur à chacun de mes mots
Le féminin est ma demeure et j'écris
Nomade d'un temps et d'un espace jamais hospitaliers
J'écris dans l'exil d'une voix toujours dépossédée
J'écris d'une encre dont le noir n'est pas de mon fait
J'écris ces voix à l'impératif de la négation
J'écris leur soif, leurs désirs, tout le plaisir
Et je suis cette soif, ce désir, tout ce plaisir
Chaque signe tracé inscrit le corps
Jouissance
Souffrance
Chaque signe est serment
Mot d'une histoire sur l'envers de mon regard
Quand au-dedans, dans le silence d'après la dernière lettre
Résonnent encore les souffles qui me hantent
Et nul sommeil ne me vient
Nul répit n'est possible
Le silence ne promet qu'un vent de tempête, un mal à honnir
Avec des mots pour seul tambour dans le combat
Avec des mots pour seul bijou dans la danse
Ni arme
Ni voile
J'écris
Et cette voix qui transperce ma main est une déchirure venue du fond des âges
Leila Zhour 12 juin 2000

14 mars 2006
« Nous incarnons une évolution du sexe féminin qui n’est toujours pas reconnue. Il n’existe pas encore de voies d’accès toutes prêtes, mais nous avons cherché et essayé, et trouvé que les règles aujourd’hui imposées aux femmes ne nous retiendront pas, qu’il nous faut quelque chose de meilleur et de plus fort. […] D’autres femmes viendront après nous, qui s’approcheront davantage de cette plénitude accessible à la nature féminine. »
Virginia Woolf

08 mars 2006
Aux femmes qui demandent - sans plus y croire - justice.

Aux femmes qui demandent - sans plus y croire - justice.
Qu’elles vivent !
Par Marie-Victoire Louis, chercheuse au CNRS
À celle qui est rentrée en métro
À celle à qui rien n’a été expliqué
À celle que l’on a refusée de recevoir
À celle à qui l’on n’a rien proposé, pas même un café
À celle à qui l’on n’a même pas osé demander ce qui s’était passé
À celle qui n’écoute pas car sa tête n’est plus là depuis longtemps
À celle qui a fait la queue
À celle que l’on ne convoque pas
À celle qui n’a jamais rencontré de juge
À celle qui attend en vain des nouvelles
À celle à qui l’on a dit que c’était trop tard
À celle à qui l’on a déclaré que son histoire ne tient pas debout
À celle à qui l’on a prescrit du Prozac
À celle qui a été soignée pour crises d’angoisses
À celle qui a dû se coucher nue sur une table d’examen
À celle que l’on a consolée : ce n’est pas grave, tu vas t’en sortir
À celle qui a mis sa déprime sur le compte de la mort de son grand-père
À celle à qui l’on a demandé si elle était vierge
À celle qui imaginait qu’elle serait bien défendue
À celle qui ne comprend pas ce que les mots signifient
À celle qui n’a pas eu l’argent pour payer un-e avocat-e
À celle que l’on a longuement questionnée sur sa broche perdue
À celle à qui l’on a asséné : vous n’avez pas beaucoup de biscuits
À celle qui découvre que sa parole n’a pas valeur de preuve
À celle qui a été traînée dans la boue
À celle dont les amants ont été interrogés
À celle qui doit justifier de ses antécédents
À celle qui a été décrite comme fragile, au chômage, sans histoire
À celle qui a compris que d’avoir défendu sa vie allait se retourner contre elle
À celle qui a entendu : émotion n’est pas raison
À celle qui a dû affronter son regard
À celle qui apprend par la presse qu’il est séropositif
À celle que l’on a menacée de lui faire une réputation
À celle qui pense qu’il est bien capable d’exécuter ses menaces
À celle qui doit payer 80 euros tous les mois à l’homme qui l’a violée
À celle qui a dû se contenter de : C’est vrai, Monsieur, vous ne recommencerez
plus ?
À celle dont la plainte a fini au panier
À celle qui reçoit une lettre : Affaire classée
À celle qui se rend compte qu’il a plus de droits qu’elle
À celle qui n’a jamais entendu parler de légitime défense
À celle qui lit qu’il n’y a eu ni menaces, ni violences, ni contraintes
À celle qui a toujours bénéficié de la présomption de culpabilité
À celle qui ne cesse devoir se justifier
À celle qui doit prouver l’improuvable
À celle qui est témoin de sa propre cause
À celle dont les collègues ont témoigné contre elle
À celle qui voit la plainte traitée par-dessus la jambe
À celle qui, en poussant la porte, a compris que c’était perdu
À celle qui aimerait savoir ce que sa sexualité vient bien faire ici
À celle qui découvre que les faits sont insuffisamment caractérisés
À celle à qui l’on affirme que la demande de pardon est une grande avancée
À celle qui doit se souvenir de tout, alors qu’elle est au trente sixième
dessous
À celle qui se demande si une enquête concernant sa personnalité est bien
légitime
À celle qui a conclu qu’elle avait payé très cher sa parole
À celle qui trouve injuste que le doute profite à l’accusé
À celle qui estime que ce n’est pas à elle d’apporter les preuves
À celle qui ne croit pas que, pour être juste, il faille avoir fait du droit
À celle qui considère que le ‘nécessaire recours à la loi’ a bien du plomb dans
l’aile
À celle qui ne comprend pas que tout soit si compliqué, alors que tout est si
simple
À celle qui dit que la justice, c’est comme le loto
À celle qui est tétanisée
À celle qui n’a pas eu le dernier mot
À celle qui n’a pas supporté qu’on mette en doute sa parole
À celle qui s’étonne de ce que l’essentiel n’est jamais abordé
À celle qui doit répondre sans jamais pouvoir poser ses questions
À celle qui n’accepte pas qu’il soit remis en liberté
À celle qui a refusé le huis clos
À celle qui s’est évanouie et a du être évacuée
À celle à qui l’on a suggéré de pleurer car c’était bon pour elle
À celle que l’on a encouragée à rester calme, digne, mesurée, cohérente
À celle qui est menacée dans le lieu même où la justice est censée s’affirmer
À celle qui a du mal à penser que ça lui a fait du bien
À celle qui veut, elle, juger
À celle qui aurait voulu se défendre toute seule
À celle qui a méprisé le soutien, l’aide, l’écoute, l’empathie
À celle à qui l’on ose encore dire : c’est parole contre parole
À celle qui constate que les droits de la défense s’autorisent bien des droits
À celle qui a dû se blinder, se cliver, se désensibiliser pour supporter tout ça
À celle qui a n’a pas gagné
À celle qui n’en peut vraiment plus
À celle qui entend que les victimes encombrent les tribunaux
À celle qui ne voit pas d’autres alternatives que le meurtre ou le suicide
À celle qui, même dans un abri anti-atomique, ne se sentirait pas en sécurité
À celle qui hésite entre la course de fond et le calvaire
À celle qui a cessé sa thérapie
À celle qui a posé son fardeau
À celle qui est soutenue, aidée, comprise, encouragée
À celle qui s’est reconstruit un monde qui lui appartient
À celle qui en a marre d’être courageuse mais qui continue quand même
À celle qui croit encore un peu à quelqu’un-e et à quelque chose
À celle qui veut tout foutre en l’air
À celle qui a été étouffée sous sa colère
À celle qui ressent de la haine et qui n’en a pas honte
À celle qui, faute de pouvoir hurler, a cessé de parler
À celle qui ne sait même pas où, comment, auprès de qui crier
À celle que l’on nomme survivante, alors qu’elle est morte en dedans
À celle qui a tenu bon
À celle qui appelle à la révolte
À celle qui ressent l’urgence de s’organiser
À celle qui s’est découverte forte comme un roc
À celle qui n’a plus peur de rien ni de personne
À celle dont les rêves et les nuits et sont dorénavant apaisées
À celle qui a dénoncé le verdict
À celle qui a critiqué la presse, la télé, les radios
À celle qui a rendu hommage à ses ‘sœurs de sang’
À celle qui a rappelé qu’elles avaient toutes résisté
À celle qui a démenti catégoriquement les accusations
À celle qui est fière de son combat
À celle qui a été retrouvée morte, à demi nue
À celle dont le dossier portait la mention : fugue
À celle que personne n’est allé chercher à la morgue
À celle dont les enfants sont toujours en famille d’accueil
À celle qui n’a eu d’autre épitaphe que d’avoir été un symbole tragique
À celle dont la vie s’est conclue par : corps presque complet, en bon état de
conservation
À toutes celles qui pensent que tout ça, c’est le monde à l’envers
Et qui ont raison
À toutes celles qui veulent que cet édifice vermoulu disparaisse à tout jamais
Et qui ont raison
À toutes celles qui disent que tout doit radicalement changer. Et vite !
Et qui ont raison
À toutes celles qui, sans le savoir, ont changé le monde
À toutes celles que plus personne ne peut plus humilier
À toutes celles qui savent que le monde sera féministe ou restera barbare
Et qui ont raison

14 janvier 2006
Source : http://sisyphe.org/article.php3?id_article=2261
Photographies de Petr Flynt
07 février 2006
Élaine Audet
Courtepointe de l'amitié entre femmes
Élaine Audet 
Il n'est pas vraiment passé inaperçu, car il a fait l'objet de plusieurs critiques dans les journaux du Québec. Il n'a toutefois pas reçu, à sa parution, toute l'audience qu'il méritait, notamment auprès des milieux féministes. Pourtant, c'est l'un des premiers essais à aborder ce sujet passionnant, réconfortant et peut-être un peu subversif en ces temps troubles d'antiféminisme. Je veux parler du très beau livre d'Élaine Audet, Le coeur pensant. Courtepointe de l'amitié entre femmes. Le titre est un poème en soi. C'est un livre écrit dans cette langue poétique et enveloppante à laquelle l'auteure nous a habitué-es. Pour finir un été chaud, au sens propre comme au sens figuré, et amorcé un bel automne, Sisyphe vous propose des extraits du « Cœur pensant », petit clin d'oeil à l'amitié et à l'histoire des femmes. Histoire de donner le goût à toutes de s'envelopper dans cette chaleureuse « courtepointe », « art éminemment féminin, [qui] s'est imposé parce qu'il me semblait refléter le mieux la façon fragmentée qu'ont les femmes de vivre leur vie et leurs amitiés, en ne perdant jamais de vue la perspective d'ensemble. »
Virginia Woolf a raconté dans Une Chambre à soi (1) la difficulté qu'elle a éprouvée à trouver dans la littérature une tradition d'amitié entre femmes. Pourtant, les femmes sont amies depuis des millénaires. Elles ont été l'une pour l'autre la meilleure amie, la parente, la compagne de vie, la pourvoyeuse économique et affective ou l'amante incomparable. S'il n'en avait pas été ainsi, elles n'auraient pu survivre dans un monde où elles ont été si dévalorisées. Mais il n'existe à peu près pas de documentation sur ce sujet (2).
Pourquoi l'amitié entre hommes (ex. : Montaigne et La Boétie, Oreste et Pylade, Shams et Roumi dans la culture persane) est-elle, d'Aristote à nos jours, invariablement qualifiée de noble et d'exemplaire, alors que l'amitié entre femmes ne serait qu'un lien banal et dépourvu de toute grandeur ? Les hommes semblent incapables de percevoir les femmes sans eux. Sans hommes, des femmes ensemble dans un lieu public ne seraient que des femmes « seules ». Si amitié il y a, ce ne pourrait être qu'en attendant l'arrivée d'un homme qui donnera un sens à leur vie !
Les rares théoriciennes qui ont traité du thème de l'amitié entre femmes admettent qu'il y a plusieurs manières de la vivre. Elles reconnaissent la différence entre les liens d'amitié et le lesbianisme qui est le choix fait par certaines femmes de partager exclusivement avec des femmes tous les aspects de leur être et de leur vie. En amitié, la quête de fusion importe moins que la reconnaissance lucide de la singularité de l'autre et de son autonomie, alors que la passion amoureuse est surtout marquée par l'exclusivité et un désir plus ou moins aveugle. Personnellement, je crois que l'amitié dépasse toute tentative de catégorisation, sexuelle ou autre, et qu'elle naît simplement, pour paraphraser Montaigne, parce que c'est toi, parce que c'est moi.
La passion de l'amitié chez les femmes
J'ai choisi de parler ici de la passion de l'amitié chez les femmes, indépendamment de leurs relations amoureuses ou, lorsque c'est le cas, en tant qu'une des composantes essentielles de cet amour. Je suis d'accord avec la définition d'Adrienne Rich qui a l'avantage de n'exclure aucun aspect de l'amitié en embrassant :
« ... les multiples formes de rapports intenses et privilégiés entre femmes, qui comprennent aussi bien la capacité de partager sa vie intérieure que celle de faire front contre la tyrannie masculine et que celle de donner et de recevoir un soutien pratique et politique » (3).
On ne peut analyser l'amitié entre femmes en utilisant les mêmes critères que pour analyser l'amitié entre hommes, notamment en raison des différences de culture et de sensualité qui amènent les femmes à vivre et à manifester autrement leurs sentiments. Différence qui ne vient pas d'une essence biologique féminine, mais de la culture des femmes fondée sur « l'expérience d'être femme dans un monde d'hommes » (4). Quant à la sensualité féminine, Luce Irigaray la décrit bien dans son commentaire d'un film de Jacques Rivette : « les deux amies se touchent sans arrêt, tendrement, joyeusement. [...] Le sexuel est là continûment. Sans tension vers un acte précis, sans focalisation de l'espace-temps vers un but exclusif, sans avant ni après coup » (5). C'est cette sensualité féminine diffuse et omniprésente qui rend si difficile une démarcation nette du sentiment amoureux et amical.
Il m'a donc semblé que pour mener à bien ma recherche, le meilleur choix serait de reconstituer l'histoire souterraine de l'amitié entre femmes en ne tenant pas compte de l'orientation sexuelle, le sentiment d'amitié reposant plus essentiellement sur l'individualité de l'amie que sur son sexe. Les amiEs sont semblables aux artistes qui, en créant, ne sont ni hommes ni femmes, mais les deux à la fois, dans une sorte d'androgynie fondamentale. Ainsi que le remarque à juste titre Marguerite Yourcenar, « la question en elle-même est oiseuse : toutes nos passions sont sensuelles. On peut tout au plus se demander jusqu'à quel point cette sensualité a passé aux actes » (6).
Il y a des amours où l'amitié occupe peu de place et d'autres où elle joue un rôle primordial. C'est de ces dernières dont j'ai choisi de parler. Je pense qu'il faut inclure les amitiés exemplaires entre lesbiennes même si les deux amies sont ou ont été dans un rapport amoureux. J'ai pensé que si je traitais de l'amitié entre hommes et femmes, je parlerais des couples où l'amitié est une forte et exemplaire composante comme, par exemple, entre Stuart Mill et sa compagne Harriet Taylor.
La culture lesbienne, qui n'est pas subordonnée aux relations avec les hommes, fournit une source incontournable de documentation sur l'amitié entre femmes. En raison de sa marginalisation sociale, la communauté lesbienne a tendance à vivre des liens de solidarité, d'affection et de loyauté solides et profonds. Les recherches montrent que les amitiés entre lesbiennes durent au-delà des relations amoureuses ou se développent indépendamment d'elles.
L'amitié des femmes n'est pas une simple "relation d'appoint"
De tout temps, les hommes ont fait de l'amitié un monopole masculin et de l'amitié féminine un ghetto insignifiant, désespéré ou pervers. Une simple relation d'appoint pour les femmes en attente de l'essentielle rencontre avec l'homme de leur vie ! Leurs amitiés, fussent-elles exemplaires et passionnées, ont été exclues de l'histoire.
Pourtant, même la Bible offre plusieurs exemples de l'amitié qui unit des femmes dans un monde où, déjà, tout tend à les diviser. J'en veux pour preuve la relation entre Ruth et Naomi qui, au départ, n'ont rien qui les prédestine à devenir amies, séparées qu'elles sont par l'âge et l'origine ethnique : l'une est jeune et forte, l'autre a dépassé la quarantaine. A la mort de leur mari, elles ne peuvent plus compter que l'une sur l'autre.
Quand Naomi conseille à Ruth de rentrer chez sa mère, alors qu'elle-même retournera d'où elle est venue, Ruth lui fait cette belle déclaration de fidélité et d'amitié :
Ne me dis pas de t'abandonner, de retourner loin de toi ;
car
où tu iras j'irai,
et où tu passeras la nuit je la passerai :
ton peuple sera mon peuple
et ton dieu mon dieu ;
où tu mourras je mourrai,
et là je serai enterrée.
Le Seigneur me fasse ainsi et plus encore
Si ce n'est pas la mort qui nous sépare (7).
Un bref retour sur les auteurs qui ont traité le thème de l'amitié, notamment Aristote, Cicéron, Montaigne, Kant, Nietszche, Foucault et Derrida, met en évidence qu'aucun de ces philosophes ne peut prétendre à l'universalité quand ils excluent systématiquement la vision des femmes de leurs analyses, si ce n'est pour en souligner l'inexistence. Rien n'est négligé dans l'histoire pour expulser de fait les femmes de ces bastions masculins que sont la philosophie et les sciences, ni la force, ni le ridicule, ni les critiques réductrices, et surtout pas une pauvreté chronique qui maintient quotidiennement les femmes au niveau de la survie. Au risque d'alourdir le texte, j'ai choisi de recourir à beaucoup de citations et de notes pour donner à d'autres que moi l'envie et les moyens bibliographiques de retourner aux sources de cette mémoire perdue.
Le « diviser pour régner » patriarcal
La société patriarcale a appliqué aux femmes, plus qu'à tout autre groupe social, la politique éprouvée du « diviser pour régner ». Dans un monde fait par et pour les hommes, on les incite à une lutte sans merci pour éclipser leurs rivales et ainsi obtenir l'approbation masculine, seul gage de réussite sociale ou amoureuse. Un comportement qui rend dérisoires les liens qu'elles créent entre elles. Mais il y a des exceptions : celles qui s'entêtent à se choisir envers et contre tous, des dangeheureuses qui refusent tous les chemins menant à la haine de soi et des autres femmes. Il m'est apparu indispensable de faire ce détour pour montrer sur quelle toile de fond négative a dû s'édifier non seulement l'amitié entre femmes, mais aussi leur conquête de l'autonomie qui en constitue la condition essentielle.
Une généalogie de l'amitié entre femmes se doit de recourir aux deux courants principaux du féminisme, celui de la différence et celui de l'égalité. Les tenantes de la différence ne prennent pas l'homme comme mesure de toutes choses, mais luttent pour la reconnaissance de leur spécificité et des valeurs que leur exclusion du pouvoir leur a permis de développer au cours de l'histoire. Elles ne revendiquent pas strictement leurs droits en fonction de l'égalité avec les hommes, mais plutôt en fonction de leurs propres choix, de leurs besoins d'autonomie, d'indépendance, de leur fierté d'être femmes, de leurs affinités et de leur solidarité. On trouve notamment dans ce groupe Sappho, Hypatie d'Alexandrie, Christine de Pisan, Charlotte Gilman Perkins, Idola Saint-Jean, Virginia Woolf, Anne Hébert, Luce Irigaray, Judy Chicago, Louky Bersianik et, au carrefour des deux groupes, Colette et Simone de Beauvoir qui furent si importantes pour l'ensemble des femmes.
Dans le deuxième courant dont la visibilité est plus grande, il y a « les filles du père » qui ne remettent pas en question les valeurs patriarcales, mais revendiquent simplement une place égale à celle qu'occupent les hommes dans la société, ces derniers constituant toujours le point de référence ultime de.leur libération. On trouve, parmi elles, l'infime minorité de femmes alibis que toutes les sociétés utilisent, comme les self made men, pour montrer qu'il ne suffit aux femmes que de le vouloir pour accéder aux fonctions les plus élevées. À force de vouloir être égales aux hommes, des femmes comme George Sand, Mary McCarthy et Hannah Arendt finissent vraiment par ressembler à leur modèle. Au garçon parfait dont rêvait leur père.
Une étude géopolitique montrerait clairement la force des liens que les femmes entretiennent entre elles, en dépit de tous les obstacles et de toutes les conséquences politiques déterminantes qui en découlent pour leur avenir. Une telle étude permettrait également de constater qu'il existe d'énormes différences dans la façon dont se vit l'amitié entre femmes, comme dans les pays musulmans, par exemple, où l'amitié devient pour les femmes un outil de survie face à l'étouffement intégriste. C'est actuellement le cas dans des pays tels que l'Algérie, l'Afghanistan, I'Iran, le Bangladesh.
Il y a également, du côté anglo-saxon plus que dans les pays latins, une très forte tradition d'amitié entre femmes. Les traces de ces amitiés sont maintenant accessibles grâce au gigantesque travail effectué en particulier par les chercheuses féministes américaines à qui je suis extrêmement redevable. Je pense en particulier à Mary Daly pour Gyn/Ecology (, à Janice G. Raymond pour l'ouvrage déjà mentionné, A Passion for Friends(9) et à l'Australienne Dale Spender pour Women of Ideas (10).
Étant donné la rareté des écrits théoriques consacrés spécifiquement à l'amitié entre femmes, la recherche se limite plus ou moins à la consultation des œuvres biographiques et épistolaires, aux quelques œuvres de fiction où les femmes traitent elles-mêmes de ce thème et, enfin, à ce qu'on sait de leur façon de se lier entre elles. Ainsi, tout au long du livre, j'ai cherché à faire ressortir différentes manières de voir et de vivre l'amitié, que ce soit individuellement, collectivement ou dans une œuvre.
Les traces des grandes amitiés féminines ayant été soigneusement gommées de l'histoire, il n'a pas été facile de dresser leur généalogie. Il y a toujours eu des femmes qui, en dépit des obstacles, se sont identifiées aux autres femmes et ont expérimenté diverses formes de relations, allant des liens amicaux à des rapports socio-culturels plus englobants. Ainsi, j'ai trouvé important de montrer les retombées positives de l'amitié sur le destin de réformatrices, de révolutionnaires, de théoriciennes et de femmes d'écriture illustres. Le choix formel de la courtepointe, art éminemment féminin, s'est imposé parce qu'il me semblait refléter le mieux la façon fragmentée qu'ont les femmes de vivre leur vie et leurs amitiés, en ne perdant jamais de vue la perspective d'ensemble.
Source:http://sisyphe.org


